Du 13 au 16 Juin dernier se déroulait au centre d’exposition du Marina Bay Sands de Singapour l’Asian Attractions Expo, salon annuel organisé par la IAAPA visant à mettre en relation les différents professionnels de l’industrie du loisir. Sur 3 jours, plus de 300 exposants ont présenté à quelques 7500 visiteurs leurs dernières nouveautés et produits phares.

J’ai eu la chance de vivre l’événement de l’intérieur, faisant partie de l’équipe d’ambassadeurs en charge du bon déroulement pratique de ces quelques jours. C’est donc l’occasion pour moi de vous dresser un bilan que j’espère original du salon, et de vous raconter comment se passe, en coulisses, un événement de la IAAPA.

La IAAPA, un acteur crucial dans le domaine du divertissement

 

Chaque salon de la IAAPA (qu’il s’agisse de l’événement asiatique ou de ses pendants européens et américains) se compose traditionnellement d’un Show Floor où constructeurs, des plus réputés aux nouveaux venus ; où firmes de conseil et de master planning en passant par des fournisseurs d’animatronics, de casiers, bracelets ou popcorns viennent discuter avec de futurs acheteurs potentiels. Un rendez-vous incontournable pour tous les professionnels de la région Asie Pacifique ; cette année encore, ils étaient très nombreux à venir découvrir le salon.

Le salon comprend également des sessions dites d’Education, sur des thèmes très spécifiques, plus ou moins interactives et animées par des professionnels de parcs bien établis. A titre d’exemple, voici quelques-unes des sessions proposées sur la semaine du 12 au 16 Juin : la gestion du risque ; les spectacles multimédias ; de la bonne utilisation des IP ; les expériences digitales dans les parcs à thème ; utiliser les statistiques pour améliorer l’expérience client : autant de sujets cruciaux pour tout parc ayant de l’ambition. De ce que j’ai pu observer, c’est souvent très concret puisque dispensé par un professionnel directement concerné et passionné par le sujet. Extrêmement intéressant : nombreux étaient cette année les professionnels de petits parcs philippins, indonésiens ou encore malais. Il est touchant de voir de tels parcs vouloir offrir le meilleur en terme d’expérience à leurs visiteurs.

Qu’est-ce qu’un Show Ambassador ?

Dès mon arrivée à Singapour, en Janvier dernier, j’avais repéré que le salon se déroulerait à quelques arrêts de bus de chez moi. J’ai très vite pris contact avec les équipes de la IAAPA pour chercher à m’impliquer dans le salon : naturellement, on m’a redirigé vers ce programme dit de Show Ambassador. Né il y a 10 ans aux Etats-Unis, étendu plus récemment en Europe et en Asie suite au succès grandissant des événements de l’association, le programme permet à de jeunes volontaires passionnés par cette industrie d’appuyer opérationnellement les équipes de la IAAPA durant toute la semaine.

Si vous avez déjà fait un événement de la IAAPA, vous nous aurez sûrement déjà remarqué, T-Shirts blancs fièrement arborés et une oreillette vissée sur notre pavillon !

Pour devenir ambassadeur, il suffit de se connecter sur le site de la IAAPA et d’envoyer son CV avant la deadline relative à chaque événement. S’ensuit ensuite un entretien téléphonique assez classique : quelques questions sur votre parcours, sur votre passion et les raisons qui vous motivent à rejoindre la IAAPA.

Quelques jours plus tard, la nouvelle tombe. Et dans mon cas, elle fût bonne !

Un groupe WhatsApp s’ouvre rapidement, les présentations sont faites. L’équipe de cet événement était on ne peut plus « global », mondialisée, avec des ambassadeurs venant de Singapour, des Philippines, mais aussi de Suède, des Etats-Unis, d’Australie… tout cela rien que pour l’événement ! On se dit que c’est sûrement pour une bonne raison…

J’estime la moyenne d’âge à 24-25 ans, mais cela va de 18 à 30 ans. Un point commun : tout le monde travaille dans ou est passionné par cette industrie.

Rendez-vous est donné la veille du début du salon, le Dimanche dans l’après-midi. Les présentations sont naturelles et assez rapides. Aux jeux visant à briser la glace (sans être trop gênants, ouf !) s’alternent les phases de présentation de l’association, de notre rôle à venir sur ce salon, et de découverte des lieux.

Une chose très marquante : les équipes de la IAAPA sont adorables, et transpirent la passion ! Quel plaisir de pouvoir échanger avec tant de personnes enthousiastes, d’apprendre ces « petites informations confidentielles » qui vous enivrent, de pouvoir déambuler entre les stands de B&M et Mack Rides, la veille de l’ouverture du salon… Découvrir, observer et surtout aborder tant de professionnels est une chance absolument extraordinaire, et c’est avec une certaine fierté que l’on revête pendant ces 5 jours son T-Shirt d’ambassadeur !

La formation d’ambassadeurs consiste également en la compréhension de la notion expérience client. En effet, quoi de mieux pour donner de l’inspiration à certains parcs venant visiter le salon, que de montrer l’exemple en leur proposant un accueil inoubliable ? Grâce à l’intervention de l’incroyablement généreux et très dynamique Shaun McKeogh (ayant travaillé au développement de la culture d’entreprise chez Warner Bros Movie World, à l’ouverture de Ferrari World, et aujourd’hui consultant chez Pro Fun Group), les grandes questions s’éclairent. Comment réagir face à un client passablement énervé ? Comment interagir naturellement ? Comment être pro-actif et savoir refermer la discussion sans s’attarder sur un « awkard moment » ? Extrêmement utile.

Petit bonus : voilà le type d’interaction qu’il nous a été préconisé d’avoir. Rien de fixe, évidemment, mais ça donne une bonne idée de ce qu’il est possible de faire.

Greet – Ne pas s’arrêter à un simple bonjour. Bienvenue, ou encore mieux, « Welcome back ! » si c’est ce n’est pas la première fois que vous voyez la personne, procure un sentiment plus intime, plus personnel.
Reach – Grâce à une question directe, et fermée si possible : « est-ce votre premier événement au sein de la IAAPA ? » est un peu la question magique.
Engage – Chercher à savoir ce que la personne recherche, et lui proposer des événements en fonction (« vous travaillez en tant que manager maintenance ? Saviez-vous justement que l’on a une conférence sur la gestion du risque cet après-midi ? Telle personne sera speaker… »). Bref, être personnel.
Conclude – N’hésitez pas à contacter un ambassadeur si vous avec une quelconque question pendant la semaine.

Beaucoup de bon sens, mais qu’il est toujours intéressant de formaliser.

 

Les différents rôles d’un Ambassadeur :

Beaucoup d’entre eux impliquent une interaction avec les visiteurs. Il est donc indispensable d’être non seulement avenant, de parler un minimum d’anglais, mais surtout, de posséder cette passion qui vous procurera des étincelles dans les yeux à chaque interaction (« Oui, M. Project Manager de chez Intamin, je vais vous conduire avec plaisir à votre stand ! »).

Petit résumé des différents rôles attribués à un Show Ambassador :

  • Orienter les clients dans le salon
  • Préparation de matériel pour les séances d’éducation, en lien avec les intervenants.
  • Assister ces mêmes intervenants lors des séances d’éducation (scanner les badges, veiller au bon déroulement des sessions… ce qui vous donne l’occasion d’écouter ces passionnantes interventions)
  • Etre présent sur les évènements spéciaux (cette année, au Zoo de Singapour, à Mega Zip Adventure mais surtout, une soirée d’ouverture magistrale qui a eu lieu à Universal Studios Singapour. 600 invités, la zone New York et des attractions ouvertes jusqu’à 22h (et open bar, soit dit en passant)… Mythique  !

  • Distribuer des prospectus sur les différents stands pour les prochains événements et renouvellement de cotisation.
  • Etre facilitateur lors des séances de Q&A, notamment lors du Leadership Breakfast. Celui de l’AAE 2017 était présenté par Andrew Kam, VP de Wanda en charge de la division Parcs à Thème : les échanges entre la salle et cet homme d’expériences, ancien directeur d’Hong-Kong Disneyland, fut des plus instructives. A une question d’un membre de la direction de Motiongate, qui se plaint de la difficulté d’attirer le marché local, Andrew Kam répond que la clé de son problème réside dans la connaissance de celui-ci : “il faut apprendre à connaître son marché local dans le moindre détail, et lui apporter ce qu’il demande”.

Ce qui marche chez Wanda, selon Andrew Kam toujours : du planning, et un processus RH extrême. Pour être “le meilleur”, ambition de Wanda Group, il faut attirer les meilleurs. Le processus de recrutement ferait bondir plus d’un parc européen ou américain « classique », dit-il. Pourtant, c’est là l’une des clés du succès. La seconde tient en un planning très serré et extrêmement contraignant pesant sur chaque manager. Tout le monde est responsable, reçoit des mails deux semaines avant la deadline. Si tout est ignoré… le manager n’a plus qu’à retourner chez Disney !

  • Dernier rôle, enfin : réaliser des tours du salon pour de jeunes étudiants d’écoles polytechniques de Singapour. C’est, là aussi, très instructif de voir des jeunes intrigués par cette industrie et de pouvoir leur transmettre un peu de notre flamme. S’en est suivi un repas pour ces jeunes, accompagné d’une intervention de 4 professionnels du secteur (l’ancien directeur de RWS, l’actuel CEO d’Ocean Park, le directeur des opérations d’Universal). Un étudiant demande ce qu’il faut faire lorsque on a 20 ans pour préparer sa carrière. Réponse des intéressés : « le fait d’être là montre déjà que vous êtes sur la bonne voie. Parlez, discutez, informez-vous, soyez Ambassadeurs ! En un mot, soyez des éponges. Voilà ce que vous pouvez faire de mieux »

Sur le salon :

Alors, que s’est-il passé à proprement parler sur le salon ?

De manière globale, moins d’annonces ont été faites que sur les autres salons – avec un peu de recul, cela me paraît relativement logique : contrairement à l’Europe ou aux US, l’Asie reste un marché à conquérir pour beaucoup de constructeurs. Mieux vaut arriver avec ses classiques.

Alterface

Alterface parie sur une nouvelle version de son Rotating Theater et propose un spinning dark-ride, interactif, à l’AAE. Une licence inédite a été créée pour l’occasion : Popcorn Revenge, en partenariat avec Joravision.

Les popcorns, révoltés d’être dévorés, choisissent de détruire le cinéma et prendre possession des lieu, vivant en dehors de leurs seaux habituels. Une idée pétillante, que l’on espère voir germer très prochainement dans un parc n’ayant pas les moyens de ses propres IPs.

Triotech

Autre « concurrent » de Alterface, Triotech a annoncé deux nouvelles attractions sous l’IP de Red & Yellow Larva pour le Jeju Shinwa Park, actuellement en construction à Séoul. La première sera un dark-ride interactif où les deux mascottes emmèneront les visiteurs à travers différents lieux mythiques ; la seconde sera un walk-through où les visiteurs, toujours guidés par nos espiègles personnages, traverseront le temps pour remonter l’histoire de l’humanité, et de la Corée du Sud.

Holovis & Kuka s’allient pour créer R3ex.
Kuka est une entreprise réputée pour ses robots industriels, mais aussi, depuis peu, pour ses robocoasters qui s’affichent tel quels, ou bien au sein d’attractions telles que Harry Potter & the Forbidden Journey.

A l’AAE, Kuka a fait venir l’un de ses robots et a proposé aux visiteurs une nouvelle génération de robots, couplés à une expérience de réalité virtuelle proposée par Holovis, entreprise spécialisée dans la réalisation d’expériences immersives (on lui doit notamment le pré-show de Mystic Timbers ou de Flying Aces…)

Un film avait été créé spécialement pour l’événement : les visiteurs prenaient ainsi un taxi volant pour rejoindre l’AAE 2133. Mais sur le chemin, quelques embûches se dressent sur la route du protagoniste…

L’objectif pour les deux firmes, se mesure en trois étapes successives : se baser sur la VR, puis l’AR (Réalité Augmentée) et enfin les hologrammes pour immerger les visiteurs dans leurs univers. L’entreprise devrait aussi proposer un modèle entièrement dirigeable, et l’on pourrait ainsi imaginer des combats de robots entre les deux équipes !

Globalement, la tendance est bien à la VR. Mais malgré beaucoup de curiosité, les parcs restent méfiants. Ainsi, le CEO de Ocean Park disait-il dans une conférence que la VR « peut être une piste intéressante, mais sous certaines formes. Aujourd’hui, la VR fait plus que ne pas être au niveau : elle entrave l’expérience des parcs et leur fondement » – intéressant.

Intéressant également – Triotech parie sur le sur mesure (Red & Yellow, Ghostbusters récemment à Heide Park), là où Alterface essaie de créer une nouvelle licence pour se faire remarquer.

Beaucoup de nouveautés globalement  pour les constructeurs « multimédias », peu pour les constructeurs traditionnels : là encore, l’objectif est d’abord pour eux de faire connaître les modèles existants.

Une expérience unique

Etre ambassadeur sur une exposition de la IAAPA est une expérience incroyable, inoubliable, bien plus intéressante & complète à mon sens que de parcourir l’exposition comme simple visiteur errant sans but précis. Cela vous donnera l’occasion de rencontrer d’autres jeunes incroyables, mais aussi les exposants et équipes locales de la IAAPA, qui font un travail formidable pour permettre aux parcs & constructeurs que nous aimons tant de se développer. C’est une plongée formidable dans les coulisses de cette industrie, mais aussi dans l’organisation d’un événement ambitieux .

Mais être ambassadeur, c’est tellement plus qu’une ligne sur un CV. C’est une expérience humaine incroyable. Les ambassadeurs les plus locaux se feront un plaisir de vous faire découvrir la ville d’accueil du salon tous les soirs, après une journée de dûre labeur… et qui sait, vous vous surprendrez peut-être en train de chanter une chanson de karaoké à côté du responsable opérationnel du groupe de parcs Universal. Surréaliste.

En un mot – foncez ! Amusez-vous, émerveillez-vous. Les professionnels du loisir sont à l’image de leur industrie : drôles, haut en couleurs, détendus et curieux.