Le 31 décembre 2017, Space World ferme définitivement ses portes. Après 27 ans d’existence, le parc situé sur l’île de Kyushu abrite alors 6 montagnes russes dont Venus, le tout premier coaster Maurer Rides, et Zaturn, un launch Hydraulique signé Intamin.

Depuis le début du siècle, pas moins de 39 parcs ont mis la clé sous la porte à travers l’archipel nippon. Un chiffre qui, sans être particulièrement excessif par rapport à d’autres pays, reflète plusieurs tendances de fond propres au Japon.

La démolition de Titan, l’ancien Hypercoaster Arrow de Space World (Photo : tsugami)

Moins de jeunes dans une économie stagnante

L’économie japonaise stagne durablement depuis l’éclatement de la bulle immobilière au tournant des années 1980/1990. En 2018, le PIB japonais totalise 4,9 milliards de Dollars – contre 5,4 milliards en 1995.

(Le PIB du Japon en milliards de Dollars courants. Source : Banque Mondiale)

Ce ralentissement économique s’accompagne d’un vieillissement de la population. Le taux de fécondité japonais – à 1,4 enfants par femme – compte parmi les plus faibles au monde. Les parcs sont contraints de s’adapter à un public moins jeune…

Recentrage autour des parcs majeurs

Néanmoins, ce phénomène n’est pas uniforme. Toujours en 2018, les deux parcs Disneyland à Tokyo ont affiché une fréquentation record – 17 millions de visiteurs pour Tokyo Disneyland, 14,6 millions pour DisneySea, selon un rapport de l’AECOM. Avec 14,3 millions de visiteurs, Universal Studios à Osaka se place également parmi les 5 parcs d’attractions les plus populaires au monde.

Flying Dinosaur, onéreuse nouveauté 2016 à Universal Studios Osaka (Photo : Flex)

Cet attrait pour les grandes destinations se fait au détriment des plus petits parcs. Parque España compte un Inverted B&M d’envergure, Pyrénées, qui, construit en 1997, reste à ce jour son dernier investissement majeur. Beaucoup d’autres parcs n’investissent peu ou pas. Il n’est pas rare de voir la rouille apparaître sur les rails d’attractions dont la peinture s’écaille.

Pyrenees, toujours dans ses couleurs d’origine (Photo : Flex)

Le château de la Belle au Bois dormant, version Nara Dreamland (Photo : Time Travel Turtle)

Nara Dreamland est sans doute le cas le plus édifiant de la concentration du marché autour des mastodontes. Le parc devait être la version officielle japonaise de Disneyland, mais Walt Disney se retira du projet faute d’accord sur les propriétés intellectuelles. Le parc ouvre tout de même en 1961 sans exploiter la licence Disney, et revêt alors l’apparence d’une réplique.

Le succès dans les premières années de Nara Dreamland atteste de la viabilité des parcs de loisirs dans le Japon émergent d’après-guerre. Une perspective économique qui attire les grands opérateurs américains dont… Disneyland, qui inaugure finalement son resort officiel en 1982 à Tokyo.

Une main street ayant connu de meilleurs jours… (Photo : Time Travel Turtle)

Dès lors, la popularité de Nara Dreamland décline inexorablement. L’ouverture en 2002 du deuxième parc, DisneySea, ainsi que d’Universal Osaka marque le coup de grâce pour Nara Dreamland qui peine à concurrencer ces géants venus d’Amérique. Nara accueille ses (rares) derniers visiteurs en 2006, et reste à l’abandon pendant de nombreuses années.

Un accident, et la fébrilité des petits parcs japonais

Le 5 mai 2007, un terrible déraillement de train sur la montagne russe Fujin Rajin II à Expoland cause la mort d’une jeune femme. L’étude conclut à un défaut de maintenance. Les roues axiales de l’attraction n’avaient pas été remplacées depuis 15 ans, et n’avaient ni même été inspectées l’année de l’accident. Conséquence directe, le gouvernement japonais rend plus strictes les normes de sécurité et d’inspections des attractions. La charge financière de ces inspections s’avère trop lourde pour certains parcs, dont Expoland qui ne rouvre pas après 2007. Au moins 17 montagnes russes ferment définitivement cette seule année là.

Des parcs laissés à l’abandon

Si certains parcs sont reconvertis – notamment en centres commerciaux – d’autres subsistent tels quels à l’abandon. En effet, certains terrains ne trouvent pas de repreneur. Ce fut le cas pour Nara Dreamland, dont le terrain dût attendre 2015 (soit 9 ans après la fermeture au public) pour être racheté après une deuxième série d’enchères.

Pendant ainsi plus d’une décennie, les amateurs d’Urbex pouvaient explorer (illégalement) le terrain de Nara Dreamland et ses attractions abandonnées. L’occasion d’apercevoir des photos spectaculaires. Le défunt parc acquiert même une notoriété qui excède celle de son vivant.

Les attractions de Nara Dreamland, 10 ans après. (Photos : Romain Veillon et Ralph Mirebs)

Conclusion

Les fermetures de parcs offrent néanmoins quelques opportunités inattendues. D’autres parcs récupèrent des montagnes russes d’envergure, souvent en bon état, revendues à un prix abordable. L’attraction vedette d’Expoland, Orochi (un Inverted B&M clone de Raptor), trouve un second souffle chez un certain parc lorrain : Walygator.

Quant à Space World, les rails de Venus ont été aperçus à Himeji Central Pärk tout au Nord au Japon. Zaturn a également trouvé preneur – on ne connaît pas encore son nouvel emplacement. Ces fragments de parcs qui jadis, ont fait le bonheur de nombreux japonais, divertissent ailleurs le grand public.

Venus dans son emplacement d’origine à Space World (Source : Flex)

Les rails de Venus attendent d’être réassemblés (Source : reddit, Projektion)

Philippe-Minh Nguyen
Mars 2020

(Photo de couverture : Haikyo)