V. D’innovations en innovations

LaMarcus Adna Thompson fut probablement l’un des hommes les plus importants dans l’histoire des montagnes russes. Il était au départ chef d’entreprise très brillant puis se lança finalement dans l’industrie des loisirs et plus particulièrement celle des montagnes russes. En effet, dès 1878, LaMarcus Thompson créa sa propre version : il s’agissait en fait de deux pistes inclinées chacune dans un sens. Elles étaient hautes de 15 m d’un côté, et descendaient au niveau du sol de l’autre, le tout sur 180 m environ de longueur. De petites voitures circulaient sur ces toboggans bosselés, à la vitesse de 10 km/h. C’était bien sûr une construction en bois, et il faut savoir qu’à cette époque, les employés étaient chargés de remonter les voiturettes au sommet !
Un peu plus tôt, Richard Knudson, avait déjà eu une idée similaire, et a ainsi déposé un brevet. Mais son invention ne fut jamais réalisée.
Par contre, celle de Thompson fut construite et ouverte en 1884 à Coney Island. Cette attraction visait clairement les touristes plutôt que les amateurs de sensation fortes. Ce qui n’empêcha pas un énorme succès de cette attraction: bien que le prix du voyage avait été fixé à 5 cents par LaMarcus Thompson, cette montagne russe pouvait lui rapporter 600 $ par semaine.

Mais le monde des coasters ne resta pas longtemps sans innovations puisque la même année, Charles Alcoke inventa une montagne russe circulaire, la première donc qui forme un circuit fermé ! Mais ce n’est pas tout puisque l’année suivante, au printemps 1885, Philip Hinkle, inventa le concept du lift. Le lift (en anglais ascenseur, désigne la première partie d’un coaster, celle où le wagon est monté au sommet, avec une chaîne ou un câble). Ces deux inventions ont permis de développer des montagnes russes en circuit fermé, et plus hautes. La même année, LaMarcus Thompson eut l’idée d’ajouter des décors à ces montagnes russes, et il développa ainsi des montagnes russes décorées qui portaient le nom de « Chemin de fer scéniques ». Il développa le premier en 1887, avec son ingénieur en chef John Miller qui deviendra plus tard un grand nom dans l’histoire des montagnes russes.

VI. Coney Island

Coney Island, une île de New York, fut probablement l’endroit où la montagne russe moderne est apparue. Dès 1830, Coney Island devint la capitale du divertissement. On y voyait des hôtels, cures thermales, minis golf etc… C’est pourquoi, la plupart des constructeurs ont eu l’idée de construire leurs montagnes russes et leurs parcs d’attractions sur l’île, et cela est devenu bien vite la capitales mondiale des montagnes russes. En effet, dès 1897, un dénommé Paul Boyton, ouvrit un série d’attractions, qu’il regroupa sur un même parc: il l’appela « Sea Lion park ». Ce fut le premier à utiliser le concept de parc d’attractions, un parc clôture où l’on paye l’entrée. Puis la même année, Georges Tiylou reprend le concept de parc d’attraction et ouvre le sien, le « Steeplechase ». Ensuite, en 1903, Frederick Thompson et Elmer Dundy rachètent le Sea Lion Park et ouvrent leur propre parc le Luna Park. Ils y apportent une nouveauté: le soir, le parc est éclairé par 250 000 ampoules ce qui attira énormément de monde.

Mais c’est surtout à cet endroit qu’ont évoluées les montagnes russes :
En 1895, Lina Breecher ouvre ici sa montagne russe. Elle possède pour la première fois un looping de 7,80 mètres de diamètre. Mais étant de forme circulaire, il suscitait une force de 12 G ! Malgré cela, le Flip-Flap Railway a quand même attiré du monde mais très peu de temps puisqu’il ferma quelques années plus tard. En 1901, Edward Prescott développa le looping moderne: un looping de forme ovale qui réduisait considérablement les forces G subies par les visiteurs. Malheureusement, son attraction appelée Loop-The-Loop, n’a pas été un succès, car les visiteurs devaient se méfier des loopings depuis que le Flip-Flap Railway a été construit.
Puis, de plus en plus de montagnes russes ont été construites à Coney Island chacune venant avec son lot d’innovations. A commencer par le Drop The Lips, construit en 1907. Ce coaster offrait des sensations jamais ressenties jusqu’à ce jour, et à l’inverse du Loop-The-Loop, un énorme succès a été au rendez vous. D’ailleurs, Feucht son constructeur, est beaucoup plus connu pour une invention qui a révolutionné les montagnes russes : la lap bar. La lap bar est en fait une barre de sécurité qui retient les passagers, comme vous pouvez en voir sur la plupart des coasters actuels.
Et d’ailleurs, la première montagne russe à utiliser ce système est probablement la première montagne russe vraiment moderne : Cyclone. Cette attraction en bois fut vraiment une révolution technologique pour l’époque. Construite à Coney Island en 1926, elle fut l’attraction la plus prisée dans l’histoire de Coney Island. Son concepteur, Vernon Keenan, n’a rien laissé au hasard: il a utilisé le système de lap bars pour la sécurité et le bien être des passagers. Le parcours offre des descentes raides, de nombreux airtimes (lorsque vous vous soulevez du siège), des virages inclinés pour réduire les forces latérales. Tout cela a fait de ce coaster un modèle vraiment révolutionnaire, offrant des sensations nouvelles. Beaucoup d’autres montagnes russes ont été construites à Coney Island. Parmi elles le Giant Racer, la plus grande de l’île. On peut aussi noter le Tornado et le ThunderBolt, des montagnes russes qui ont repris les ingrédients miracles du Cyclone.

VII. John Miller

Finalement, c’est à Coney Island que les montagnes russes ont pris leur forme moderne, c’est là que beaucoup de modèles ont été construits, dont certains utilisant des concepts totalement nouveaux, et c’est aussi là que la plupart des innovations ont été réalisées. Coney Island aura vraiment été une étape décisive dans l’histoire des montagnes russes.
Mais dans les années 20, l’essor des montagnes russes se faisait un peu partout et pas seulement à Coney Island. En effet, il existait à cette époque entre 1500 et 2000 montagnes russes aux Etats-Unis à cette époque, contre seulement 650 aujourd’hui !

Mais cette incroyable croissance des montagnes russes est en partie due à un homme, un génie en la matière, puisqu’à lui seul, il a déposé plus de 100 brevets se rapportant aux coasters, tous plus utiles et ingénieux les uns que les autres. John Miller a débuté en tant qu’ingénieur en chef pour LaMarcus Thompson. Il s’était allié avec d’autres grands noms: Harry Baker et Frederick Ingersoll. Mais dès 1923, il cessa son partenariat car il décida de gérer ses affaires seul. C’est à partir de ce moment qu’il débuta sa carrière et construisit plusieurs montagnes russes, certaines classées à l’époque comme les meilleures des Etats-Unis. On lui doit par exemple le Racer à Kennywood, le Revere Thunderbolt, The Big Dipper à Geauga Lake, The Triple Racer, et bien d’autres encore…

Épilogue

La montagne russe moderne est née. Depuis cette époque, les innovations se sont succédées à un rythme effréné : toujours plus vite, toujours plus haut, toujours plus de sensations pour en arriver à des monstres en acier et en bois.

L’avancée technologique sera toujours capable de beaucoup plus, il ne manque plus que la commande d’un parc intéressé qui pourra financer des projets fous et être en mesure d’assumer les pertes en cas d’échec. Ce cas est déjà arrivé dans le même parc, Walibi Belgium, qui a essuyé les plâtres suite à l’échec de Vertigo (2006-2008), puis se relance (modérément) dans l’innovation avec Pulsar, construit par Mack en 2016.

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